Étape 2 : l'excédent, là où ça se complique
Une fois tous les besoins couverts, il reste, dans une situation financière favorable, un solde : l'excédent. Le principe de son partage est connu : la règle, dite des « grandes » et « petites » têtes, attribue en principe deux parts par adulte et une part par enfant. Mais dès qu'on cherche à l'appliquer à une situation réelle, trois questions surgissent, et la loi n'y répond pas par un chiffre unique.
Question 1 : Qui compte comme une tête ?
La réponse dépend du mode de prise en charge, mais aussi de l'identité des personnes effectivement intégrées dans le rapport d'entretien en espèces ; pour la garde exclusive, elle a longtemps été discutée pour les parents non mariés.
Garde exclusive, parents non mariés
Le Tribunal fédéral a tranché qu'il ne convient pas d'attribuer une « grande tête » virtuelle au parent gardien : seuls le parent débirentier (une grande tête) et l'enfant (une petite tête) sont concrètement impliqués dans le rapport d'entretien en espèces. Pour un enfant unique, l'excédent se divise donc en 3 parts, pas en 4, une différence de taille avec un couple marié, où les deux conjoints comptent[4].
Garde alternée, parents non mariés
Ici, le Tribunal fédéral retient l'inverse : quand les deux parents contribuent chacun en espèces à l'entretien de l'enfant, l'excédent à considérer est celui de la famille entière, et chaque parent compte comme une grande tête, comme pour un couple marié, alors qu'ils ne le sont pas[5]. La logique n'est donc pas « parent marié ou non », mais « qui contribue réellement, et comment ».
Autrement dit, la même question, « qui compte ? », reçoit une réponse opposée selon le mode de garde, pour des parents dans une situation par ailleurs identique. C'est une source de complexité à elle seule.
Question 2 : L'enfant doit-il prouver un besoin ?
Deux principes du Tribunal fédéral s'articulent ici. D'un côté, l'enfant a droit à une part de l'excédent sans avoir à prouver un besoin particulier, précisément pour lui éviter une procédure probatoire fastidieuse[6] : c'est le point de départ. De l'autre, ce résultat peut être adapté lorsque son montant absolu, les besoins concrets de l'enfant ou le risque de financer indirectement le niveau de vie de l'autre parent le justifient, notamment dans les situations financières très favorables[7].
Le calcul fournit donc un point de départ ; le montant final exige une appréciation.
Question 3 : Et les extras (loisirs, vacances, activités) ?
Le Tribunal fédéral a laissé cette question ouverte dans l'arrêt de principe 5A_384/2024 du 10 septembre 2025 sur la garde alternée des parents non mariés : comment traiter certains frais concrets de loisirs ou d'activités extrascolaires d'un enfant dans le partage de l'excédent ? Dans ce dossier précis, l'autorité cantonale genevoise avait réparti ces frais au prorata du disponible de chaque parent plutôt que par tête ; le Tribunal fédéral a laissé la question ouverte et renvoyé la cause pour un nouveau calcul, sans fixer de règle générale sur ce point[8]. À ce jour, il n'existe donc pas de règle fédérale unique sur ce point précis.